Bijoux contemporains hors du commun au Musée des beaux-arts de Montréal

L’exposition est prolongée jusqu’au 8 mars 2015.

Entrevue de Noel Guyomarc’h, co-commissaire de l’exposition avec Diane Charbonneau, co-commissaire, et conservatrice des arts décoratifs du Musée des beaux-arts de Montréal.

Discipline artistique en effervescence, le bijou contemporain n’en demeure pas moins méconnu des non-initiés. Des bijoux contemporains hors du commun réunit une trentaine de créateurs d’ici et d’ailleurs qui livrent autant de témoignages de la richesse de cette pratique artistique. Aspirant à réinventer le bijou, les artistes développent de nouvelles voies de fabrication et d’interprétation. Le spécialiste et co-commissaire Noel Guyomarc’h, co-commissaire de cette manifestation, révèle son actualité.

Qu’entend-on par bijou contemporain ?

Selon moi, c’est le résultat d’un questionnement, d’une vision, d’une réflexion d’un artiste sur le monde et son environnement, sur sa discipline et son histoire, peu importe les matières et les techniques employées. Objet de communication, le bijou contemporain se libère de toutes ses références passées, s’appuie sur l’imaginaire et l’intention d’un créateur qui s’interroge sur la notion du bijou, sa portabilité, sa valeur symbolique, sa préciosité: l’artiste questionne l’objet.

Quelle est la distinction principale entre bijou conventionnel et bijou contemporain ?

La différence entre ces deux façons d’envisager le bijou est une question de conceptualisation. Le bijou contemporain s’oriente sur la conception par une réflexion et une exploration sur la pratique et les notions du bijou : les choix de matériaux, de formats et de procédés sont émancipés. Les créateurs ont la possibilité de suivre une formation dans un programme en bijou contemporain au sein de département en arts visuels de certaines universités. Ils peuvent y développer des compétences techniques, mais aussi des concepts et un langage visuel pour mettre en valeur leur potentiel créatif.

Affranchi des pierres et métaux précieux de la joaillerie, le bijou actuel s’élabore à partir de matières inédites. Qui dit rupture avec ces matériaux, dit rupture avec les techniques traditionnelles qui y sont associées. Qu’en est-il ?

L’exploration de matières insolites dans la création de bijoux est très dynamique. À peine de nouvelles matières plus performantes – résine, ciment, teintures acryliques parmi d’autres – apparaissent sur le marché qu’elles sont aussitôt utilisées. Les matériaux d’autres disciplines des métiers d’art, comme la porcelaine, le bois, le verre, le cuir sont également présents. Leur utilisation, adaptée et appliquée au bijou, enrichit à mon avis ces différents métiers. Tout comme en art contemporain, les nouvelles technologies participent aussi à un renouvellement du discours, entre autres par l’impression 3D et le laser pour son utilisation en gravure, découpe et soudure. Ces techniques sont intéressantes car elles s’appliquent à la fois à l’expérimentation et à la tradition.

Quelles sont les présentes tendances du bijou contemporain ?

Il y a une telle effervescence dans cette jeune discipline artistique qu’il est difficile de cerner des tendances. Au-delà des messages et des intentions artistiques des créateurs, l’expression plastique crée des nuances qui peuvent exister au sein de la communauté, sans pour autant provoquer de scissions. Les techniques se sont diversifiées ainsi que les formes et les matières employées. Aujourd’hui, le bijou se situe entre les créateurs qui privilégient le travail des matériaux dits conventionnels au monde de la joaillerie et ceux qui optent pour des matériaux inhabituels. Ces deux tendances s’alimentent mutuellement pour offrir une diversité d’œuvres exceptionnelles.

PROPOS RECUEILLIS PAR DIANE CHARBONNEAU

La Revue du Musée des beaux-arts de Montréal, Septembre à Décembre, /14, 2014